Le match d'une vie

Le troisième de mes romans. Il porte sur l'une de mes grandes passions en dehors de l'écriture : le football. Il intéressera bien sûr en premier lieu les amateurs de ce sport mais j'ai espoir qu'il séduira d'autres lecteurs.

Résumé

Juin 2018, la planète est en effervescence. Dans quelques jours, l’équipe de France de football, affrontera chez lui, le Brésil, grandissime favori de l’épreuve, en finale de la Coupe du Monde. Les artistes Sud-américains paraissent intouchables et les chances des joueurs hexagonaux paraissent bien minces. Pourtant, ces derniers peuvent compter sur un atout non négligeable, Raphaël Moreau, le meilleur gardien de buts du Monde, invincible depuis le début de la compétition.

Malheureusement, à l’aube du match le plus important de sa carrière et pour lequel il a su surmonter toutes les épreuves, Raphaël Moreau est victime d’un terrible chantage : Il doit faire perdre son équipe sous peine de voir son plus noir secret révélé au grand jour et sa vie voler en éclats.

Renoncer à son plus grand rêve ou lui sacrifier tout le reste, Raphaël devra faire un choix. Mais lequel ? Car dans un cas comme dans l’autre, il paraît perdant.

1er chapitre

Un formidable hurlement s’échappe de sa gorge. Il n’a pas pu le retenir. D’ailleurs, il n’a même pas essayé. Jamais il n’a poussé un tel cri. C’est un hurlement de joie, de cette joie qu’on ne peut contenir, qu’il faut libérer, sans quoi elle devient douloureuse.

Pourtant, son rugissement passe totalement inaperçu dans le vacarme incommensurable de la foule. Il en a connu, des ambiances chaudes et électriques, mais jamais il n’a ressenti cette sensation auparavant. Il fait chaud, très chaud en cette soirée de début juillet. Pourtant il a la chair de poule et est parcouru de frissons. Il  devrait courir vers les autres, partager sa joie. Il demeure sur place, pétrifié.

Cette sensationde bonheur animal dure une dizaine de secondes, pas plus. Il revient rapidement sur terre. Ce n’est pas encore fini. Rien n’est joué. Il va falloir tenir pendant encore un quart d’heure. Ces minutes vont être longues. La pression sera énorme durant ce laps de temps, il faudra être à la hauteur. On compte sur lui.

Dans quinze minutes, quinze petites mais interminables minutes, lui, Raphaël Moreau, ainsi que toute l’Equipe de France, seront qualifiés pour la finale de la Coupe du Monde de football 2018. Ce rêve d’enfant est en passe de devenir réalité. Pour cela, il faut que durant les quinze minutes à venir, il n’encaisse aucun but.

Mettant ses mains en porte-voix pour essayer de se faire entendre de ses équipiers, il les harangue, les exhorte à se regrouper en défense et à se battre comme des lions. En réalité, il le fait davantage pour lui-même, pour se reconcentrer. Ses partenaires n’ont pas besoin qu’il les motive. Aucun n’a envie de laisser cette chance leur glisser des doigts. Ils sont parvenus à trouver la faille dans la muraille défensive argentine, il est hors de question, qu’une fois récompensés, tous leurs efforts soient réduits à néant.

Ils ont un but d’avance, il faut conserver cet avantage à tout prix. Il a été chanceux, mais cela n’a pas d’importance pour Raphaël. Ce but est sur le point de s’inscrire dans sa mémoire, comme l’un des plus beaux qu’il lui a été donné de voir.

Il lance un regard vers le bord du terrain en direction du sélectionneur. Celui-ci n’a jusqu’à présent procédé qu’à un seul changement, il serait judicieux d’effectuer les deux qui sont encore à sa disposition. Il faut faire entrer des défenseurs supplémentaires. Il n’est plus question de marquer, mais de maintenir le score à 1-0. Tant pis pour le spectacle, l’essentiel est ailleurs.

Il n’est pas le seul à le penser. Le coach demande à Thomas et Ulrich d’accélérer leur échauffement. Mais ils ne vont pas rentrer immédiatement. Malgré les signes de fatigue que certains joueurs sur la pelouse laissent paraître, ils vont devoir continuer pendant encore quelques minutes et faire fi de la douleur et de l’épuisement.

Après le but, les Argentins se sont précipités vers le rond central pour reprendre le jeu. Ils vont faire tout leur possible pour revenir. Leur entraîneur vient de faire entrer Romero, leur buteur vedette. C’est un coup de poker pour les Sud-américains. Romero s’est blessé au cours du match précédent.  Il n’est pas au mieux de sa forme et risque d’aggraver sa blessure. Mais les Argentins n’ont plus le choix. Ils doivent tout tenter, et ils comptent sur son sens inné du but, car tous le savent, même diminué, il reste l’un des meilleurs attaquants du monde. Il lui suffit d’une seule occasion pour marquer.

Durant les cinq minutes qui suivent la remise en jeu, les buts de Raphaël sont assiégés. C’est un déluge de centres, de tentatives de frappe, d’ouvertures en profondeur, mais ses équipiers tiennent bon. S’ils ne peuvent plus ressortir le ballon proprement, il y en a toujours un pour écarter le danger ou contrer les tirs adverses.

Il ne reste plus que dix minutes. Dix minutes et ils y seront. Les deux derniers changements ont lieu. Thomas et Ulrich entrent à la place de Valérien et William, deux des joueurs les plus offensifs encore sur la pelouse à ce moment-là. Désormais, Selim sera seul en pointe. Les Argentins vont se découvrir. Avec un peu de chance, sur un long ballon en avant, Selim aura l’occasion de marquer le but du KO.

Le double remplacement provoque un court moment de déconcentration au sein de l’arrière-garde française. Sur une passe en profondeur, deux défenseurs se gênent et ratent l’interception. Le ballon arrive dans les pieds de Romero, libre de tout marquage aux dix-huit mètres, en plein dans l’axe du but. Quelle monstrueuse erreur ! C’est plus que ce dont il a besoin pour marquer. L’attaquant argentin prend le temps de contrôler le ballon du pied gauche pour se le remettre sur le droit. Ulrich se rue vers lui mais il est trop tard pour l’empêcher de frapper. Raphaël avance de deux pas pour réduire au maximum l’angle de tir. Romero ouvre son pied. Le gardien français comprend immédiatement où le tir va partir, sur sa gauche. Il ne se trompe pas. Le ballon, légèrement enveloppé, se dirige vers l’angle gauche du but. Dans un effort désespéré, Raphaël se détend de tout son long. C’est l’une des premières choses qu’on lui a appris au centre de formation, il y a des années de cela. Même si cela paraît perdu d’avance, il faut quand même essayer de toucher la balle. Avec un peu de chance, on peut l’effleurer suffisamment pour qu’elle sorte du cadre. Il sent le bout de ses doigts toucher le cuir. Il ne voit pas ce qui se passe après. Il entend le bruit caractéristique du ballon qui heurte le poteau. Sans réfléchir, il se relève et cherche la balle des yeux. Il ne la voit pas tout de suite. Une chose est sûre, elle n’est pas au fond des filets. Il regarde ensuite tout autour de lui. Il ne la voit toujours pas. En revanche, il voit Romero tomber sur les genoux, le fixant d’un air incrédule. Il aime ce qu’il lit sur le visage de l’attaquant argentin. C’est la stupéfaction du joueur persuadé de marquer et qui voit sa tentative annihilée. Il se retourne et remarque alors que le ballon est dans les mains d’un ramasseur de balle. Il a réussi un arrêt miraculeux. Il a touché le ballon juste ce qu’il fallait pour qu’il percute l’extérieur du poteau et sorte en corner. 

Tous ses partenaires se précipitent sur lui pour le congratuler. C’est aussi pour ces moments de fierté personnelle qu’il aime son sport et le poste de gardien de but. Il peut, en l’espace d’une fraction de seconde, accéder au statut de héros aux yeux de ses équipiers, de ses entraîneurs et de tous ses supporters. Bien-sûr, la roue peut tourner très vite et il peut, en aussi peu de temps, se retrouver l’objet de la vindicte populaire. Il est bien placé pour le savoir. Mais cela fait partie du jeu, et il l’accepte. Le meilleur moyen de conserver sa place sur son piédestal est de ne pas se laisser griser par son exploit. Il harangue à nouveau ses camarades et les replace pour le corner à venir.

A l’exception du gardien adverse, tous les acteurs de la partie se retrouvent dans sa surface de réparation ou aux abords. Le coup de pied de coin est tiré tendu au premier poteau. Raphaël fait jouer sa tonicité et sa puissance physique pour se frayer un passage dans la marée humaine devant lui. Il saute, percute deux joueurs sur sa route et, des deux poings, boxe le ballon jusqu’en touche.  

Les Argentins ne se découragent pas. Le ballon continue de revenir sans arrêt vers le but de Raphaël, mais tous les joueurs français s’accrochent et il se trouve toujours un pied, une tête ou un genou pour repousser les tentatives adverses. Il ne reste plus que deux minutes dans le temps réglementaire quand, à la suite d’une énième poussée adverse, une véritable partie de flipper a lieu aux abords de la cage de Raphaël. Il a beau hurler à ses défenseurs de dégager le ballon, celui-ci navigue dangereusement devant ses buts. Après un dernier rebond, la boule de cuir échoue sur la cuisse de Romero, une fois encore esseulé, mais à moins de six mètres de sa cible maintenant. Le buteur argentin maîtrise la sphère capricieuse, la laisse rebondir sur le sol et arme sa frappe. A cette distance, il ne peut pas échouer. Raphaël ne tergiverse pas. Il n’y a qu’une solution pour garder ses buts inviolés. Faisant abstraction du risque, il se jette en avant pour contrer le tir à bout portant. Il ne voit pas ce qui se passe. Il a seulement conscience des deux chocs presque simultanés : celui du ballon contre ses mains, puis celui du pied du Sud-Américain sous son menton. Il y a ensuite un moment de flou. La douleur est intense. Groggy, il ne peut se relever. Il lui faut plusieurs secondes avant de commencer à réagir. Son premier réflexe est de vérifier s’il n’a pas la mâchoire cassée. Il porte sa main au visage mais la douleur est désormais tellement diffuse, qu’il est incapable de se rendre compte de quoi que ce soit. Ses partenaires se regroupent autour de lui. On fait entrer le soigneur et le médecin. Après l’avoir rapidement observé, ils lui annoncent qu’il n’a rien de cassé. Le médecin veut savoir comment il se sent. La tête lui tourne et sa vision est encore un peu brouillée sous l’effet du choc, mais ça ira. Une seule chose lui importe : Où est passé le ballon ? Ses camarades le rassurent. Grâce à son intervention, ils sont parvenus à le dégager.  

Le jeu reprend. Il ne reste plus que le temps additionnel. Encore sous l’effet du choc, Raphaël fait son possible pour ne rien laisser paraître de son état semi-comateux. C’est à peine s’il peut suivre le mouvement du ballon. Si les Argentins s’en aperçoivent, ils auront beau jeu de tirer de loin. Il n’est même pas certain d’être en mesure d’intervenir dans ce cas.

Un dernier ballon en cloche est envoyé en direction de son but. Incapable d’intervenir, il ne peut que souhaiter qu’un de ses défenseurs le supplée à nouveau. Il n’est pas exaucé. Un adversaire saute plus haut que tout le monde et dévie de la tête le ballon vers Romero. Par bonheur, également diminué par le choc, celui-ci n’est pas le plus prompt. Il est précédé par un défenseur français qui repousse une ultime fois le danger.

L’arbitre de la rencontre choisit cet instant pour donner le coup de sifflet final. Il y a une formidable explosion de joie dans la partie française des tribunes. Raphaël voit ses compagnons bondir et se jeter dans les bras les uns des autres, bientôt rejoints par les remplaçants et le staff technique. Dans le même temps, les joueurs argentins s’effondrent sur la pelouse, pleurant comme des enfants. Leur beau rêve vient de s’envoler sous leurs yeux. Ils ont fait tout ce qui était en leur pouvoir, mais en ce jour de juillet 2018, les dieux du football n’étaient pas avec eux.

Epuisé, sonné, Raphaël profite de cet instant de répit pour se laisser tomber sur l’herbe et récupérer. Tout se bouscule dans sa tête : la douleur, la fatigue, la joie, le stress qui s’évacue, la fierté. Quelqu’un s’approche de lui. Il ouvre les yeux. C’est Romero qui lui tend la main pour l’aider à se relever. Il y a de la déception dans les yeux de l’Argentin, mais pas seulement. Il y a également du respect et de l’admiration. Les deux hommes s’embrassent sans un mot avant que le gardien français ne soit englouti sous la masse de ses équipiers venus le féliciter. Incapable de marcher seul, Raphaël accepte de se faire porter sur les épaules de deux d’entre eux et participe au tour d’honneur.

Ayant retrouvé un peu de force, le héros français demande à être reposé au sol. Après un dernier salut à la foule entassée dans les gradins, il esquive les micros des journalistes et court se réfugier dans l’ombre et la fraîcheur des vestiaires.

Une fois assis, sa première pensée va vers son père, Jean-Luc. Plus que jamais, il est en passe de réaliser le rêve que celui-ci n’a jamais pu concrétiser.

 

Dernière mise à jour de cette page le 30/01/2009

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