
Le Petit Chat est Mort est le deuxième roman que j'ai écrit. Cependant, il est le premier à avoir connu une brève édition.
Il a en effet été édité par TdB Editions, éphémère maison d'édition basée à Versailles qui a malheureusement déposé le bilan.
Néanmoins, il vous reste la possibilité de commander des exemplaires chez certains vendeurs :
Résumé
Benjamin, étudiant sans histoire, rencontre Delphine lors du réveillon du premier de l’an. Le courant passe entre eux, mais il doit repartir finir ses études en Italie. A son retour, le jeune homme est décidé à la revoir au plus vite, mais le sort en a décidé autrement. Delphine est morte. C’est un suicide.
Benjamin veut découvrir la raison de ce geste. Il se lance alors dans une quête de la vérité et part à la rencontre de ceux qui ont connu la jeune femme, dans l’espoir que quelqu’un lui permettra de comprendre.
A force d’obstination, il finira par découvrir l’inavouable secret qui entoure la mort de la jeune fille. Mais Benjamin apprendra que toutes les vérités ne sont pas forcément bonnes à connaître.
1er chapitre
Il la connaissait à peine. Il ne l’avait vue qu’une fois. Elle était morte. Il voulait savoir pourquoi. Quel noir secret pouvait avoir contraint une jeune femme d’à peine plus de vingt ans à mettre un terme à sa trop brève existence ? Personne ne comprendrait ce qui le motivait, mais peu importait. Cette question le hantait.
Il faisait beau quand l’avion se posa sur la piste d’Orly. C’était une journée de juin idéale pour retrouver son pays. Benjamin Daumier rentrait chez lui après plusieurs mois passés à Florence. Il se destinait à l’enseignement de l’italien. Il avait pour cela passé une année universitaire en immersion dans la région où la langue était la plus pure,
En arrivant au terminal, Benjamin aperçut ses parents qui l’attendaient dans le hall d’accueil. Il leur fit un petit signe de la main. Il sentit que sa mère faisait un gros effort pour ne pas se ruer vers lui en courant. Il les rejoignit d’un pas tranquille.
— Tu as fait bon voyage ? Le vol s’est passé sans problème ? lui demanda sa mère.
Il savait combien elle tremblait à chaque fois qu’il prenait l’avion. Ils avaient beau savoir l’un comme l’autre qu’il s’agissait du mode de transport le plus sûr, son instinct maternel l’empêchait d’être sereine tant qu’il n’avait pas retrouvé le sol sain et sauf.
— A part le moteur qui a pris feu au décollage, tout s’est très bien passé, la taquina-t-il.
Son père et lui sourirent en voyant Mme Daumier pâlir. Elle saisit aussitôt que son fils plaisantait et lui donna une petite tape sur la main pour le punir. Ils allèrent récupérer ses bagages avant de regagner le parking. M. Daumier demanda à son fils s’il souhaitait prendre le volant mais celui-ci déclina la proposition. Si le vol avait été court, le trajet pour rejoindre l’aéroport de Florence avait été chaotique et l’avait fatigué. Il préférait laisser son père conduire.
Il n’y avait pas trop de circulation en cette fin de matinée et ils arrivèrent rapidement rue d’Alésia dans le quatorzième arrondissement. Ils habitaient un confortable appartement de quatre pièces au troisième étage. Christophe, le frère aîné de Benjamin, avait quitté le cocon familial pour s’installer en province avec sa fiancée. Le jeune homme savoura le plaisir de retrouver son cadre familier et les effluves de la cuisine maternelle.
Après le déjeuner et une sieste de deux heures, il s’empara de son téléphone et composa le numéro du portable de Delphine. Elle n’avait pas répondu à ses e-mails depuis six semaines. Cela l’intriguait. Depuis janvier, ils s’étaient écrits très régulièrement. Il ne comprenait pas pourquoi elle avait mis un terme à leur correspondance numérique. Il n’avait rien fait qui justifia un tel silence. Il devait y avoir une autre raison. Son appel n’aboutit pas. Le numéro composé n’était plus attribué. Il devait avoir fait une erreur. Il vérifia dans son calepin le numéro que Delphine lui avait donné et réessaya. Rien à faire, il tomba à nouveau sur le même message. Il ne comprenait pas. Il devait s’être trompé en le notant.
Benjamin décida de l’appeler chez ses parents. Ils habitaient en banlieue, au Perreux-sur-Marne. Il trouva leur adresse et leur numéro de téléphone sur Internet. Il appela mais personne ne répondit. Il ne laissa pas de message. Il irait la voir chez elle le lendemain matin.
Avant d’éteindre l’ordinateur, il consulta sa boîte aux lettres. Il y avait un message de son ami Vladimir qui l’invitait à une soirée organisée pour fêter son retour au pays le lendemain. Sacré Vladimir, il n’avait pas perdu de temps ! Benjamin répondit qu’il serait évidemment présent. Pour rien au monde, il n’aurait manqué une soirée dont il était la vedette.
Le lendemain matin, Benjamin se réveilla plein d’énergie et d’entrain. Il se prépara tranquillement en chantonnant et descendit dans la rue. C’était le samedi matin et il n’y avait jamais foule. Il rejoignit la station de métro la plus proche. La ligne était directe jusqu’à Saint-Lazare. De là, il rejoindrait Le Perreux en RER. Il fut surpris de constater que cela lui faisait presque plaisir de reprendre le métro. A croire que la promiscuité, le bruit et les odeurs de transpirations lui avaient manqué. Quarante minutes plus tard, il arrivait à la gare de Nogent -Le Perreux. Delphine habitait sur les bords de
— Oui, c’est pour quoi ?
— Bonjour, je m’appelle Benjamin Daumier. Je suis bien chez M. et Mme Klein ?
C’était exact mais ils étaient absents. Benjamin en déduisit que son interlocutrice devait être une employée. Delphine avait omis de lui faire part de ce genre de détails.
— Est-ce que leur fille, Delphine, est là ? demanda-t-il.
Il ne reçut pas de réponse. Il réitéra sa question mais la femme raccrocha. Benjamin fut stupéfait mais ne se découragea pas devant cette impolitesse. Il enfonça à nouveau le bouton de l’interphone. On ne décrocha pas. Il insista pendant cinq bonnes minutes. De guerre lasse, la voix se résolut à répondre :
— Ecoutez monsieur, vous feriez mieux de partir avant que j’appelle la police.
— Excusez-moi d’insister, mais je veux juste savoir si Delphine est là et s’il m’est possible de la voir.
— Il vaut mieux que vous partiez maintenant. M. et Mme Klein seront moins patients et gentils que moi. Au revoir monsieur.
Elle raccrocha à nouveau. Perplexe, Benjamin préféra abandonner. La réaction de cette femme était vraiment étrange. Il avait été poli et n’avait rien demandé qui justifiait une telle réaction. Il rebroussa chemin. Cette femme paraissait capable d’appeler la police. Drôle d’ambiance.
Benjamin décida de rentrer chez lui. Chemin faisant, il appela Estelle, l’amie commune qui lui avait fait rencontrer Delphine. Elle serait en mesure de lui apporter quelques explications sur ce qui venait de lui arriver. Il tomba une nouvelle fois sur un répondeur. Il laissa un message demandant à son amie de le rappeler au plus tôt.
Deux heures avant qu’il ne se rende chez Vladimir, Benjamin reçut un SMS de sa part. Elle lui donnait rendez-vous à la soirée. Il accusa réception de son message et voulut savoir si Delphine serait présente. Il n’obtint aucune réponse.
Benjamin changea de tenue avant de partir. Il choisit de remettre les vêtements noirs qu’il portait le jour où il avait rencontré Delphine. C’était un peu idiot, il s’en rendait compte, mais si elle devait être présente, il voulait qu’elle le retrouve tel qu’elle se souvenait de lui.
Il décida de se rendre chez Vladimir à pied. Ce dernier habitait Montrouge, de l’autre côté du périphérique, il n’en avait pas pour longtemps. Il adopta un pas tranquille. Il faisait chaud et il ne voulait pas arriver en sueur à la soirée. Il s’arrêta en chemin dans une supérette pour acheter trois bouteilles. Certes la fête était organisée en son honneur, mais arriver les mains vides lui paraissait grossier. Il choisit de passer par
Sa colère était passée quand il arriva chez Vladimir. Celui-ci l’accueillit avec son exubérance habituelle. Benjamin le considérait comme son meilleur ami et l’admirait. Vladimir Stojanovic était le petit-fils d’immigrés croates ayant fui le régime de Tito. Après la chute du dictateur, toute la famille Stojanovic était retournée vivre à Dubrovnik, à l’exception de son père qui avait fait le choix de rester à Paris pour l’amour d’une Française, la mère de Vladimir. La famille avait payé un lourd tribut à la guerre civile qui avait ravagé les Balkans dans les années 90. Vladimir y avait perdu sa grand-mère, un oncle et deux cousins. Comme un drame n’arrive jamais seul, moins de deux ans après, le père de Vladimir était mort d’un cancer. Malgré tous ces coups durs, jamais le jeune homme ne s’était laissé aller à l’apitoiement sur soi et faisait montre d’un optimisme et d’une joie de vivre réconfortants. Benjamin enviait son ami pour cette force exceptionnelle. Il était convaincu qu’à sa place, il aurait glissé sur une mauvaise pente.
— Come stai fratello ? demanda Vladimir.
Depuis que Benjamin était parti à Florence, son ami s’amusait à lui parler en italien. Il prétendait le faire pour s’assurer que Benjamin y était bien allé et n’avait pas profité de cette excuse pour s’offrir une année de vacances au soleil.
— Tu as dit quoi ? feignit de ne pas comprendre Benjamin.
Ils éclatèrent tous les deux de rire. Vladimir prit son ami par les épaules et le fit entrer. Il débarrassa Benjamin de ses bouteilles qu’il alla ranger au réfrigérateur prétextant que, s’il ne les cachait pas, elles seraient vidées avant qu’ils ne s’en rendent compte. Benjamin suivit ensuite son ami dans le jardin du petit pavillon. Il régnait une intense activité autour d’un barbecue où l’on grillait une grande quantité de saucisses et merguez. Autour des braises, il reconnut bon nombre de ses anciens camarades de lycée et de fac. Benjamin alla les saluer. Tous lui demandèrent évidemment comment s’était passé son séjour transalpin et s’il était content d’être revenu. Il répondit une bonne dizaine de fois aux mêmes questions en cherchant une blague différente pour chacun. Au bout d’un moment, Benjamin prit son hôte à part et l’entraîna dans un coin du jardin.
— Dis-moi Vlad, je n’ai pas encore vu Estelle ? J’avais pourtant compris qu’elle devait venir ce soir.
— Laquelle ? J’en connais plusieurs moi, des filles qui s’appellent Estelle.
— J’avais oublié que tu étais un homme à femmes, ironisa Benjamin qui connaissait le succès de son ami auprès des demoiselles de son entourage, mais moi je n’en connais qu’une seule : Estelle Lavigne.
Vladimir balaya le jardin du regard. Estelle n’était pas encore arrivée mais Benjamin ne devait pas s’inquiéter, elle ne tarderait probablement plus.
Peu avant minuit, elle fit son apparition. Benjamin fut partagé entre la joie de revoir son amie et la déception de constater qu’elle était venue seule. Il avait espéré que Delphine l’accompagnerait. Elle devait pourtant savoir qu’il serait présent. Il en arriva à la conclusion que la jeune femme n’avait pas envie de le revoir, ce qui le ramenait à sa première question : qu’avait-il bien pu se passer pour qu’elle décide aussi brutalement de rompre le contact avec lui ?
Estelle l’aperçut. Pourtant, elle ne vint pas le trouver, comme si elle était gênée de le voir. Benjamin décida alors d’aller à sa rencontre. Quand il l’eut rejointe, il l’embrassa de bon cœur mais sentit une légère réticence de sa part. Que se passait-il donc ? Pourquoi semblait-elle aussi mal à l’aise ? Il fit mine de ne pas s’en rendre compte, se promettant de rapidement tirer cela au clair. Ils entamèrent une conversation avec d’autres convives qui tourna rapidement autour des études et des examens. Estelle avait travaillé dur toute l’année pour obtenir sa maîtrise de droit et espérait entrer à l’Ecole supérieure de la magistrature. Elle avait toujours été très studieuse et Benjamin lui assura qu’elle parviendrait à ses fins. Lui avait toujours fait preuve de beaucoup plus de dilettantisme. Il s’était tout le temps contenté d’assurer le minimum pour passer les années sans trop de soucis, n’obtenant jamais les résultats auxquels il aurait pu prétendre avec davantage de travail. Il avait choisi la fac d’italien parce qu’il avait toujours eu des facilités pour assimiler cette langue. Il savait que pour être reçu au concours de l’enseignement secondaire, il devrait passer la vitesse supérieure au niveau du travail personnel mais il acceptait la règle du jeu. Il était quand même temps de se faire un peu mal pour obtenir ce qu’il désirait. Mais ce qu’il désirait à ce moment précis, c’était des nouvelles de Delphine.
Le temps passait et Benjamin n’avait pas encore eu l’occasion de parler en tête-à-tête avec Estelle. Il eut le sentiment qu’elle faisait en sorte de ne pas se retrouver seule avec lui. A peine un de leur interlocuteur s’éloignait-il, qu’elle se débrouillait pour en accoster un autre. Pourquoi agissait-elle ainsi ? Elle devait savoir qu’il brûlait d’envie de lui parler de Delphine, qu’il voulait connaître les raisons de son absence et de son silence. Elle ne pouvait pas ne pas le savoir. Elle semblait vouloir lui cacher la vérité. Néanmoins, aussi désagréable qu’elle fût, il préférait la connaître que de ne pas comprendre. Il y était maintenant préparé.
Il était près de trois heures du matin quand Benjamin parvint enfin à prendre Estelle à part. Elle voulut s’esquiver en lui proposant d’aller danser mais il refusa fermement et la retint par le bras quand elle fit mine de partir sans lui.
— Pourquoi m’évites-tu? lui demanda-t-il.
Estelle feignit de ne pas comprendre. Benjamin la connaissait assez pour savoir quand elle mentait, et là, il n’y avait aucun doute possible. Il le lui fit remarquer. Son amie poussa un grand soupir de résignation.
— Je sais de quoi tu veux parler, admit Estelle, mais à mon avis, il vaudrait mieux attendre quelques jours pour le faire.
Cette réponse ne satisfaisait pas Benjamin. Au contraire, elle ne faisait qu’accroître sa curiosité et son agacement.
— J’aime autant savoir la vérité tout de suite, expliqua-t-il. Alors je vais être très précis : sais-tu pourquoi Delphine a brusquement coupé le contact avec moi ? Tu peux me le dire, je suis prêt à tout entendre.
Estelle lui lança un regard étrange.
— Tu en es vraiment sûr ?
Benjamin s’agaça devant tant de tergiversations. Elle alluma une cigarette pour se donner une contenance. Après deux bouffées, elle lâcha gravement :
— Très bien. De toute façon, tu finiras bien par l’apprendre. Delphine ne t’a plus répondu parce que…. parce qu’elle est morte.
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