Le tout premier de mes romans. Il n'a pas encore été édité, mais je ne désespère pas qu'il le soit un jour.
Résumé
Arnaud Canson, lycéen ordinaire, voit son existence basculer le soir où il est renversé par une voiture et sombre dans l’inconscience. Quand il se réveille quelques jours plus tard, son esprit a été transféré dans le corps d’un autre et le jeune homme a une nouvelle identité. Le Professeur Allard, brillant neurochirurgien auteur de cet exploit médical, lui apprend qu’il est officiellement mort aux yeux de tous. Il s’appelle désormais Antoine Mauclerc. Le médecin décide de le prendre sous son aile pour l’aider dans cette nouvelle vie. Arnaud/Antoine replonge alors dans son ancien environnement et part à la découverte des réels sentiments de ses proches à son égard, au-delà des faux-semblants.
Mais si certaines révélations seront heureuses, d’autres en revanches seront beaucoup plus difficiles à accepter. Il apprend qui est véritablement son ami et qui ne l’est pas. Le choc est parfois rude à encaisser. Mais il y a des vérités qui sont pires, et le jeune homme apprendra à ses dépens que parfois, ceux à qui l’on accorde sa confiance, peuvent être ses pires ennemis.
Prologue
Je suis mort. Je respire, je mange, je parle, pourtant je suis mort. Mon certificat de décès en atteste. Si l’on ouvrait ma tombe et mon cercueil, on y découvrirait ma dépouille. Pour tout le monde, ou presque, je suis mort, cela ne fait aucun doute. Mais qui est ce « je » ? S’agit-il de la personne qui écrit ces lignes ou bien de celle dont le décès a été officiellement reconnu ?
Avant de s’intéresser à cette question à laquelle il n’existe peut-être pas de réponse satisfaisante, sans doute est-il nécessaire que je me présente et raconte mon invraisemblable histoire. Ainsi sera-t-il plus facile de se faire une opinion à ce sujet.
Je suis né sous le nom d’Arnaud Canson. Des parents normaux issus de la classe moyenne, pas de frère ni de sœur, une enfance tranquille et une scolarité bonne sans être exceptionnelle. Rien dans mon existence ne semblait me destiner à vivre une expérience extraordinaire. Il fallut donc attendre que je franchisse le cap des dix-sept ans pour que mon destin bascule. J’étais un lycéen lambda, sans histoire, en classe de Terminale. Je me préparais à passer le bac à la fin de l’année scolaire. Je ne nourrissais pas trop d’inquiétude à ce sujet et pensais bien l’obtenir sans trop de peine. J’ignorais alors que jamais je ne le passerais.
C’était un vendredi soir, veille de week-end. Les vacances de fin d’année étaient terminées depuis une semaine. Les fêtes s’étaient bien passées, de la façon la plus classique qui soit, je crois : Noël en famille et le réveillon du Jour de l’An avec des amis. J’avais déjà repris mes habitudes de lycéen.
La dernière heure de cours était sans aucun doute la pire de toutes. Quelle idée de placer un cours de Sciences physiques un vendredi soir alors que tout le monde, enseignants comme élèves, n’aspire plus qu’à rentrer chez soi. Comme d’habitude, cette heure semblait ne pas devoir finir. Regarder l’heure toutes les deux minutes n’était pas sans accentuer cette impression. Je comptais le temps qu’il me restait à tirer au bahut. Nous étions en janvier et le bac aurait lieu en juin. Il était plus que temps d’en finir avec la scolarité. Je n’aurais jamais pu supporter de faire une année de plus dans ce décor qui commençait à me peser. Pour cette raison, il était hors de question que je rate mon bac, car qui disait bac raté, disait bac à repasser et donc année de plus dans cet établissement. L’année suivante, je serais enfin à l’Université et là, à moi la vie d’étudiant. Je voyais cela comme une période bénie où l’on pouvait gérer son temps comme bon nous semblait. Il n’était pourtant pas question pour moi de me la couler douce, mais ce serait un pas de plus vers l’autonomie.
Je regardai de nouveau ma montre. Quel cauchemar, encore une demi-heure ! Ce n’était pas tant que je détestais les Sciences physiques, disons que, sans vouloir faire de mauvais jeu de mot, nous n’avions pas vraiment d’atomes crochus. Heureusement, l’année suivante je n’aurais plus à me farcir cette matière et plus jamais de ma vie je n’aurais à entendre parler de ça. Je jetai un rapide et discret regard circulaire sur mes congénères. Tous semblaient très attentifs au cours. Je me demandai combien suivaient réellement ce qu’expliquait le professeur. Fort peu à mon avis, mais comment savoir dans le fond. Il est si facile de masquer ses réelles pensées derrière une façade. Je m’attardais ensuite sur l’enseignant. Il nous débitait son cours de façon très professionnelle mais s’intéressait-il vraiment à ce qu’il racontait ? Il semblait vouloir faire tout son possible pour nous communiquer son savoir mais y croyait-il seulement ? N’était-il pas en train de se dire qu’il perdait son temps avec un ramassis de jeunesse incapable de comprendre quoi que ce soit ? Nous ne le saurions sans doute jamais, et après tout, cela valait peut-être mieux. Voilà qui aurait fait un excellent sujet de dissertation de philo pour le bac : Peut-on connaître toute la vérité et cela est-il souhaitable ? J’ignorais si les grands philosophes s’étaient exprimés sur le sujet mais j’étais persuadé que ceux du café du commerce avaient des points de vue passionnants sur la question. Je regardai encore une fois mes camarades de classe. Savais-je seulement ce qu’ils pensaient vraiment en leur fors intérieur ? Etaient-ils effectivement en train de suivre le cours ou leurs esprits s’étaient-ils, comme le mien, évadés hors de cette salle ? Que pensaient-ils de ce cours, de ce lycée, de leur voisin de table, de moi ? Non, je ne pouvais et je ne pourrais jamais savoir ce qu’ils pensaient. Il y avait probablement un fossé entre ce qu’ils disaient ou laissaient paraître et ce qu’ils pensaient réellement. D’ailleurs je n’étais pas différent. Qui aurait pu prétendre connaître mes véritables pensées ? Malgré notre jeunesse, nous étions déjà engoncés dans le jeu des relations sociales qui nous obligeaient tous à paraître plutôt qu’à être, à taire nos sentiments profonds pour respecter les conventions sociales. Cette réflexion aurait pu me désespérer mais il n’en était rien. J’étais déjà si bien pris dans le moule conventionnel que j’en acceptais les règles du jeu. D’ailleurs, avais-je seulement le choix ? Je ne voyais pas comment j’aurais pu contourner cet état de fait : il n’était pas possible de connaître les véritables pensées et sentiments des gens qui m’entouraient.
Cette réflexion eut un grand avantage : La dernière demi-heure du cours venait de s’écouler sans que je ne m’en rende compte. Bien-sûr je n’avais rien écouté du cours. J’aurais été bien incapable de dire de quoi il était question. Aucune importance, je savais à qui m’adresser pour rattraper et recopier le cours.
En y repensant, c’était une curieuse coïncidence que d’avoir eu cette réflexion ce soir-là très précisément. Comme si j’avais eu un pressentiment de ce qui allait se produire.
Avant de prendre le chemin de la maison, je pris le temps de saluer mes camarades et de leur donner rendez-vous au lundi suivant. A ce moment-là je ne me doutais pas que je ne les verrais pas ce lundi-là, tout comme ils ne se doutaient pas en me répondant qu’ils ne reverraient jamais plus Arnaud Canson.
Je connaissais par cœur le chemin pour rentrer chez moi. Cela faisait maintenant près de trois ans que je le prenais tous les jours le matin et le soir. Je ne faisais plus du tout attention à ce trajet, comme guidé par un pilote automatique. Je savais qu’il me fallait un peu moins de vingt minutes à pied pour couvrir la distance séparant le lycée de mon domicile. Vingt minutes. Cela peut parfois paraître très long comme lorsque l’on s’ennuie en cours, mais parfois aussi très court. La notion de durée est très relative en fait. J’eus l’occasion de le réaliser quand je vis la voiture m’arriver droit dessus. Combien de temps pouvait avoir duré cette scène ? Trois, quatre secondes ? Peut-être un peu plus ? Pourtant elle me sembla durer beaucoup plus longtemps que cela. Je me rappelle avoir d’abord entendu la voiture tourner dans la rue à vive allure, puis avoir pensé « Putain, le con, j’aurais dû faire un peu plus attention avant de m’engager sur le passage piéton ». Je me souviens également avoir clairement vu les traits du visage du conducteur se crisper. C’était un homme. Une quarantaine d’années à mon avis, petites lunettes, cheveux poivre et sels dégarnis. Je me rappelle avoir ensuite pensé qu’il me fallait bondir si je voulais éviter l’impact. Trop tard. Mes pieds avaient à peine quitté le sol, que je sentis le choc du véhicule. Alors que je m’envolais, je me dis que c’était quand même trop con, et espérai ne rien me casser en retombant. Puis plus rien. Le noir complet.
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